Conseils · 15.10.2026 · 5 min
AI Act : ce qui change le 2 décembre 2026 (et ce qui ne change pas)
Deux nouvelles interdictions et la fin d'un sursis de marquage, pas le haut risque : ce que le 2 décembre 2026 change vraiment pour une PME suisse, et pourquoi il ne faut pas confondre cette date avec le 2 décembre 2027.
Une date, deux changements, et une confusion à éviter
Le 2 décembre 2026, deux choses précises changent dans l'AI Act — le règlement européen sur l'intelligence artificielle (règlement (UE) 2024/1689), tel que révisé par le « Digital Omnibus IA » (règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, en vigueur depuis le 27 juillet 2026). D'un côté, deux nouvelles pratiques interdites de l'article 5 entrent en application. De l'autre, un sursis de marquage technique accordé à certains outils arrive à son terme.
Ce n'est PAS la date du haut risque. L'erreur la plus fréquente, à cette période de l'année, consiste à confondre le 2 décembre 2026 avec le 2 décembre 2027 — la date, reportée par l'omnibus, à laquelle les obligations complètes de l'Annexe III (recrutement, crédit, éducation, biométrie…) s'appliqueront aux systèmes à haut risque. Un an sépare exactement les deux échéances, jusqu'au chiffre du jour et du mois identiques. Si vous avez retenu « rien d'urgent avant fin 2027 » sur le haut risque, c'est toujours vrai — mais ça ne dispense pas des deux points ci-dessous, dus cette année.
Premier changement : deux nouvelles interdictions (art. 5)
Depuis le 2 décembre 2026, s'ajoutent à la liste des pratiques interdites de l'article 5 — en vigueur pour le reste de la liste depuis le 2 février 2025 — la génération ou la manipulation d'images intimes sans le consentement de la personne représentée, et la génération de contenus à caractère pédocriminel. Ces interdictions visent tout le monde, fournisseurs comme déployeurs, sans exception de taille d'entreprise.
Pour la quasi-totalité des PME, ce point ne change rien en pratique : il vise des usages déjà exclus de toute activité professionnelle légitime. Il reste utile de le savoir si votre entreprise propose des outils de génération ou de retouche d'image à des utilisateurs tiers (plateforme, application, service créatif) : vérifiez que vos propres garde-fous techniques couvrent ces deux cas. Les sanctions sont celles des pratiques interdites — jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires (CA) mondial (art. 99(3)), le plus bas des deux montants pour une PME (art. 99(6)).
Second changement : la fin d'un sursis technique, pas d'une mention
Le second point concerne le marquage lisible par machine des contenus générés par IA (art. 50(2)) — un format technique intégré au fichier, pas une mention visible pour l'utilisateur. Les systèmes génératifs mis sur le marché avant le 2 août 2026 bénéficiaient d'un sursis sur ce point précis ; il prend fin le 2 décembre 2026.
Cette obligation incombe d'abord au fournisseur de l'outil (OpenAI, Google, Microsoft, Anthropic, ou votre éditeur de logiciel métier intégrant un module génératif), pas à vous directement. Mais si votre entreprise utilise ces outils pour publier des contenus vus par des clients dans l'Union européenne (UE), votre réputation dépend de leur mise en conformité à temps. Notre guide sur l'article 50 (/conseils/obligations-chatbot-aout-2026) le disait déjà en août : contactez vos fournisseurs et demandez une confirmation écrite que le marquage sera activé pour cette date. Si vous ne l'avez pas encore fait, c'est la dernière fenêtre utile.
Rappel important, pour ne pas se tromper de sens : les obligations qui pèsent sur vous en tant que déployeur — informer qu'un chatbot est une IA, étiqueter un deepfake, mentionner un texte d'information généré sans revue humaine — sont dues depuis le 2 août 2026, sans lien avec ce sursis. Le 2 décembre ne leur ajoute rien et ne les reporte pas.
Ce qui NE change pas le 2 décembre 2026
Trois choses, pour éviter toute confusion. Le haut risque de l'Annexe III (recrutement, crédit, assurance vie et maladie, éducation, biométrie) reste dû au 2 décembre 2027, pas 2026 — c'est le report de seize mois décidé par l'omnibus, et il tient. Les obligations de transparence de l'article 50 côté déployeur (chatbot, deepfake, contenus publiés) restent dues depuis le 2 août 2026, sans changement à cette date. Et le calendrier suisse propre — avant-projet de loi attendu en consultation d'ici fin 2026 — suit son propre rythme, indépendant de celui de l'UE.
Par où commencer cette semaine
Un geste suffit pour la quasi-totalité des PME suisses : si vous n'avez pas encore de confirmation écrite de vos fournisseurs d'outils génératifs sur le marquage machine-readable (art. 50(2)), demandez-la maintenant. Si votre entreprise propose elle-même des outils de génération ou de retouche d'image à des tiers, vérifiez vos garde-fous contre les deux nouveaux usages interdits. Pour le reste — transparence déployeur, haut risque, calendrier suisse — rien de nouveau à cette date : nos guides dédiés (/conseils/obligations-chatbot-aout-2026, /conseils/ai-act-pme-suisse) restent à jour.
Ceci n'est pas un avis juridique. Pour les situations complexes — fournisseur d'outils génératifs, usage à la frontière des interdictions de l'art. 5 — faites valider votre analyse par un conseil spécialisé.
Questions fréquentes
Le 2 décembre 2026, c'est la date du haut risque ?
Non. C'est l'erreur à éviter : le haut risque de l'Annexe III (recrutement, crédit, éducation, biométrie…) est dû au 2 décembre 2027, un an plus tard, suite au report de seize mois décidé par le Digital Omnibus IA. Le 2 décembre 2026 ne concerne que deux nouvelles interdictions de l'art. 5 et la fin d'un sursis de marquage technique de l'art. 50(2).
Que dois-je faire concrètement avant le 2 décembre 2026 ?
Pour la plupart des PME, un seul geste : obtenir de vos fournisseurs d'outils génératifs (adoptés avant le 2 août 2026) une confirmation écrite que le marquage lisible par machine de l'art. 50(2) sera activé à temps. Si vous proposez vous-même des outils de génération d'images à des tiers, vérifiez vos garde-fous contre les deux nouvelles interdictions.
Mes obligations de transparence (chatbot, deepfake) changent-elles le 2 décembre ?
Non. Elles sont dues depuis le 2 août 2026 et ne bougent pas à cette date. Le sursis qui se termine le 2 décembre ne concerne que le marquage machine-readable côté fournisseur (art. 50(2)), pas vos obligations de déployeur.
Quelles sont les deux nouvelles interdictions ?
La génération ou la manipulation d'images intimes sans consentement de la personne représentée, et la génération de contenus à caractère pédocriminel (art. 5). Elles s'ajoutent à la liste des pratiques interdites en vigueur depuis le 2 février 2025, avec les mêmes sanctions maximales (35 M€ ou 7 % du CA mondial, art. 99(3), le plus bas des deux pour une PME selon l'art. 99(6)).
Et le futur droit suisse de l'IA, c'est aussi pour le 2 décembre ?
Non, ce sont deux calendriers distincts. L'avant-projet de loi suisse de mise en œuvre de la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'IA est attendu en consultation d'ici fin 2026 — sans date précise connue à ce jour — et suit son propre rythme, indépendant du calendrier de l'AI Act européen.
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